Tor des Geants

Endurance Trail della Valle d'Aosta
christophe profit

/ christophe profit

« le pionnier de l’escalade de vitesse et des enchaînements,
avant et après le Tor »

Il a été le protagoniste dans les années 80 de la saison durant laquelle les canons de l'alpinisme furent révolutionnés par des performances inconcevables en termes de conception et vitesse.

Parmi ses exploits, on recense des ascensions supersoniques, des solos d’escalade sur roche. Il fut l’un des pionniers de l'escalade de vitesse et champion hors classe de l'enchaînement de l'alpinisme de tous les temps : de l’ascension en escalade libre en solitaire du Petit Dru en seulement 3 heures et 10' en 1982 à la première solitaire hivernale en journée sur la Nord de l'Eiger (en 10 heures en 1985), jusqu'à la splendide « chevauchée solitaire » sur l’intégrale du Peuterey (en journée, en 1989). Mais il est allé plus loin : en 1987, il réalisa sa trilogie hivernale avec l'enchaînement des trois parois Nord des Grandes Jorasses, Eiger, Cervin en 42 heures, puis en 1991 il réussit le chef-d'œuvre de l'Himalaya sur la crête nord-ouest du K2.

Aujourd'hui, il est guide de haute montagne à Chamonix et continue de grimper. Il se fait également mentor de ceux qui aimeraient marcher sur ses traces.
Christophe Profit : une légende au Tor des Géants 2012.

                « avant le Tor »

« L’an dernier je suis venu à Gressoney pour suivre la performance de mon ami Max Savio et j'y ai trouvé un contexte extraordinaire. C'est à ce moment-là que j'ai décidé que je devais moi aussi participer au Tor des Géants.
Pour moi, le Tor des Géants est une nouveauté. Je ne connais pas ce genre de compétitions, je n'en n'ai jamais fait. C'est vrai que je suis un peu inquiet … J'ai connu beaucoup de difficultés dans mon métier de guide de haute montagne, mais jamais d’une telle ampleur.

C'est un grand défi basé sur la résistance (physique et mentale) : c'est le genre d'effort qui me plaît, un effort similaire à celui que je produis quand je suis en montagne, mais avec une approche complètement différente.

En tant que guide, j'ai l'habitude de faire des tours de 10, 15 voire 20 heures par jour, mais je pense que les différences d'approche, par rapport à une épreuve intense et prolongée comme le Tor des Géants sont considérables. Même l'escalade est différente : on a le temps de s'arrêter et de repartir. Ici non. J’ai travaillé toute la saison en tant que guide, je n’ai pas réussi à m'entraîner pour la course mais mon métier m'oblige à être préparé physiquement.

C'est pour cela que je suis confiant dans l'aventure du Tor des Géants, mais je me pose beaucoup de questions en même temps. Je me dis que même si je suis habitué à produire des efforts prolongés, je pense que cette aventure sera toute particulière. Il faut gérer un bon nombre de facteurs : le sommeil, la fatigue, le repos approprié, et c'est justement cela qui m'intéresse.

Lors de ma « Trilogie » (enchaînement en solitaire de l'Eiger, du Cervin et des Grandes Jorasses), il y a bien longtemps (1985), j'ai affronté une grande épreuve : j’en garde un souvenir très intense. J'espère que le Tor des Géants se révèlera une expérience toute aussi forte que la Trilogie.

Ce sera un défi individuel, mais vécu aux côtés d'amis comme Max, Armando et même Renato (Jorioz). J'ai toujours pensé que la montagne est une expérience humaine et qu'elle devient inoubliable si elle est vécue avec de bons compagnons d'aventure.

L'autre ingrédient est l'humilité. Je pense que l'humilité en montagne est tellement importante qu'elle est a fortiori une approche nécessaire pour affronter une épreuve comme le Tor des Géants.

Mon rêve est de réaliser le tour en entier … j'espère y arriver, vu la longueur et la complexité de l’épreuve. Je le découvrirai une fois le moment venu de l’affronter. Dans mon métier, je suis habitué à ne rien considérer comme acquis et à vivre la montagne avec humilité. Par exemple, je ne connais pas tout le parcours : la seule zone que je connaisse est la zone de la Valgrisenche, à la Valsavaranche. Chaque pas sera donc une surprise, une opportunité pour connaître le territoire.

De plus, grâce à une épreuve de ce genre, on peut mesurer ses propres limites, puiser au fond de ses propres ressources et découvrir beaucoup de choses sur soi-même. Il faut beaucoup d'intelligence : l'aspect mental et la motivation sont fondamentaux. Atteindre son objectif et franchir la ligne d’arrivée seraient la consécration d'un magnifique voyage en montagne à l'intérieur de moi-même.

Je peux très bien comprendre ce que certains appellent « le mal de Tor ». C'est cette sensation de mélancolie que l'on ressent après la compétition, une fois de retour chez soi. Je l'ai toujours ressentie en montagne. Lorsque l’aventure se termine, il y a en nous cette partie qui ressent une immense joie car nous sommes arrivés à mener à bien cette aventure. Cependant, une autre partie de nous ressent un véritable vide. Toutes les bonnes choses ont une fin et elles laissent toutes derrière elles un peu de tristesse : s'impliquer, y donner de toute sa personne et puis d'un coup, tout est fini. C'est toujours ainsi, mais l'on repart ensuite pour d'autres aventures.

La différence entre mon approche et celle des plus jeunes ?

C’est très simple, en 30 ans d'expérience j'ai su construire ma philosophie d'approche à la montagne, qui se résume en trois points indissociables les uns des autres :

1 - sortir de sa zone de confort et de bien-être et jouer le jeu,
2 - avoir le courage de tracer sa route et ses voies,

3 - « apprivoiser » la montagne.

Ce qui est magnifique avec la montagne, c'est le fait que ses limites sont infinies et que l'on peut toujours aller plus loin et surtout que chacun peut essayer d'ouvrir ses voies, et c'est ce qui compte à mes yeux. Les excursions en montagne ne disparaîtront jamais car il y aura toujours quelqu'un qui voudra tracer un nouveau chemin, aller au bout d'une aventure, participer à un nouveau défi. C'est pour cette raison qu'il est bon de connaître ses limites : pour pouvoir aller au-delà chaque fois, en vivant des moments d'une très grande intensité.

Je souhaite à tous les participants de passer une bonne expérience et … on en reparle après la compétition ».

Christophe Profit participe au Tor des Géants 2012
Interview de Sara Annoni, Gabriella Morelli, Silvia Basso
Valtournenche, 14 août 2012 (25 jours avant la compétition)

 

« après le Tor »

Son Tor, Profit l’a fini.
Il a franchi la ligne d’arrivée de Saint-Rhémy-en-Bosses en 382ème place, parmi les derniers à terminer l’imprévisible édition de 2012, affectée par des événements climatiques extrêmes.

Ses chaussures resteront le symbole de « son allure » le long des Hautes Routes. Aucune chaussure technique ultralégère, mais plutôt des chaussures montantes, commodes et usées, pour affronter son Tor avec aisance. Il a parlé avec les gens, a pris son temps, s’est arrêté et s’est reposé. Toujours avec le sourire éclatant qui le distingue.

Plusieurs lui ont parlé, peut-être même en partageant avec lui des tronçons du parcours, sans le reconnaître et sans se rendre compte d’avoir à leurs côtés le héros du mont Petit Dru, une source d’inspiration pour plusieurs, qui a fait rêver les gens.

Sa spontanéité, qui souvent fait sembler faciles les entreprises les plus ardues (comme on peut voir dans le film de Philibert de 1985, que nous proposons de nouveau dans la galerie vidéo ci-contre), il l’a également démontrée aujourd’hui sur les sentiers. Il a profité pleinement de tout ce voyage à la découverte de la Vallée d’Aoste et de lui-même.

L’énième rêve qui se réalise.