Tor des Geants

Endurance Trail 330 km - 24000m D+11-18 September 2016

marco gazzola

Mon, 01/10/2012 - 11:16 -- redazione-milano

 

Ne me volez pas mes émotions/ TDG 2011”

 

Spirito Trail, Novembre 2011 / extrait
Interview de Marco Gazzola réalisée par Maurizio Scilla, après sa disqualification au Tor des Géants 2011
 

Comment t’es-tu préparé pour la compétition ?
Je suis passionné par la montagne et les longs trails, du coup les week-ends, je m’en crée moi-même, ce qui m’a permis de faire des sorties de plusieurs heures durant l’été. Au printemps, au Népal (Annapurna Mandala Trail), j’ai travaillé sur la longueur et l’altitude, et au début de l’été, à Lavaredo Ultra Trail, je me suis entraîné à courir de nuit et à m’alimenter comme si je faisais une longue course d’endurance : pain, nutella, biscuits, fromage… J’ai (et j’aurais toujours) un grand respect pour le TDG, l’inconnu se trouve derrière chaque coin, l’important est de partir sans avoir trop avoir d’attentes et de pressions extérieures, et d’essayer de profiter du voyage, de chercher des sensations et de se laisser surprendre.

Qu’est-ce que tu retiendras de ce Tor ?
Un magnifique souvenir et des moments inoubliables passés seul ou en compagnie d’autres athlètes, l’environnement et la chaleur humaine des bénévoles qui ont laissé une empreinte indélébile. Lors du TDG et après la compétition, j’ai fait la connaissance de nombreuses personnes et rencontré de nouveaux amis, la preuve qu’il ne s’agit pas seulement d’une compétition, mais également et surtout d’amitié. Je me souviendrai toute ma vie de cette expérience et personne ne pourra me la faire oublier.

Comment as-tu géré le manque de sommeil ?
Je suis parti sans aucune feuille de route, « à l’aveugle », mon unique plan était pour la première nuit de continuer au moins jusqu’à Cogne, où j’avais l’intention de dormir pendant au moins 30 minutes mais au bout d’un quart d’heure, je me suis réveillé et je suis reparti. Pour la deuxième nuit, j’ai essayé 2 fois de m’endormir, mais je n’y arrivais pas, j’ai donc continué mon avancée jusqu’au moment ou je me suis imposé 15 minutes de sommeil. La troisième nuit, je suis passé en tête et il m’était difficile de m’arrêter, j’ai donc continué… et cela m’a permis ensuite de gagner après le passage au col Malatrà.

La compétition a été plus difficile au niveau physique ou psychologique ?

Pour ce qui est du physique, sauf accidents ou traumatismes importants, on réussit à supporter les douleurs aux pieds (frottements et ampoules) et la fatigue musculaire. Le mental doit gérer les problèmes physiques mais également le manque de sommeil, la solitude, des heures et des heures à songer au nombre de km restant à parcourir, au nombre de km déjà été franchis tout en ignorant si l’on arrivera jusqu’au bout. Sur le plan physique, je n’ai pas atteint mes limites(mais j’étais proche), sur le plan mental il ne fait aucun doute que je suis arrivé au bout de mes limites, probablement sans me rendre vraiment compte de ce qui était entrain de se passer dans ma tête, mon mental a été plus fort que jamais.

Comment as-tu géré le repos post-Tor?
J’ai commencé par prendre 10 jours de repos absolu pour guérir mes pieds un peu « maltraités », mes genoux un peu douloureux et surtout ma tête qui avait bien besoin « de décrocher ». Ayant pris une semaine de vacances pour le TDG, j’avais du travail en retard au bureau et c’est avec plaisir que j’ai accepté plusieurs invitations à dîner de la part de mes amis. Puis, en fonction de ma volonté et du temps à ma disposition, j’ai recommencé à pédaler et à courir sans trop forcer.

Le Tor, plus jamais ou tu le retenteras pour une autre victoire ?
En général, je ne répète jamais les compétitions auxquelles j’ai déjà participé, j’aime changer, mais le TDG a été une expérience tellement extraordinaire et excitante que je la referai sûrement. Quand ? ça c’est la question! Dans tous les cas, je veux y participer à nouveau  pour revoir et saluer tous les bénévoles présents sur le parcours et pour revivre l’ambiance chaleureuse dans tous les points restauration (y compris le refuge Bertone). S’inscrire, se préparer, participer, partir et avoir la chance de franchir la ligne d’arrivée, c’est déjà une victoire personnelle et c’est la plus belle.

As-tu souffert du « Trouble du Tor »? Ton retour à la vie normale a-t-il été difficile ?
Oui, vraiment ! L’expérience a été tellement forte que les souvenirs sont encore présents, il ne se passe pas une heure ni un jour sans que je ne me remémore avec plaisir cette aventure. Je n’ai pas eu de problèmes physiques lors de mon retour à la vie normale, ça a été plus difficile sur le plan psychologique (beaucoup de sommeils irréguliers), à cause également de ce qu’il m’a été demandé, de ce qui a été dit et écrit sur ce qui s’est passé vers la fin de la compétition.

Ceux qui ont vu tes performances sont restés ébahis par ta tranquillité. J’ai moi-même assisté à ton passage au refuge Coda, Calvo Redondo et Le Saux se sont arrêtés une minute, alors que toi tu as attendu que les pâtes cuisent et tu as pris tout le temps nécessaire pour te préparer un dîner, c’est peut-être ça ton secret, non ?
Il ne fait aucun doute que le fait de t’avoir rencontré a été un immense plaisir pour moi et je n’étais pas pressé de repartir. En plus, le refuge Coda se trouve dans un lieu véritablement splendide, à mi-parcours (166 km), et étant arrivé au coucher du soleil, je ne pouvais partir comme un voleur, j’aurais raté quelque chose de particulier et d’unique, j’aurais surtout raté la bière en compagnie ! Tu veux que je te dise un secret ? Ce n’est pas à 40 ans que je vais changer la manière dont je vis ma passion pour la montagne et le trail, je resterai pour toujours un « esprit trail… libre ».

Comment expliques-tu le peu de temps qu’il t’as fallu pour aller du refuge Bonatti jusqu’à l’arrivée à Courmayeur ?
Lorsque tu es pris de panique parce que tu t’es trompé de route, tu ne réfléchis plus, tu penses à une seule chose : Courmayeur, et tu cours tu cours jusqu’à ne plus en pouvoir et tu demandes ton chemin à plusieurs personnes et tous te répondent « tout droit, tout droit, le long du fleuve » , alors tu cours, tu cours comme un dingue. Tu arrives sur le goudron et les gens te klaxonnent, t’encouragent, et c’est comme ça que tu arrives en un rien de temps. Plusieurs personnes ont dit m’avoir vu courir... courir vite à plusieurs endroits dans le Val Ferret. Peut-être que ceux qui n’ont pas participé au TDG perçoivent seulement ce détail et ne pensent pas aux 75 heures passées en solitaire sans aucune aide, assistance extérieure, à dormir 30 minutes en 3 heures. J’aimerais bien et j’espère que toutes les allégations faites sur l’organisation et sur moi-même sont terminées et que les gens vont continuer à percevoir la véritable essence du trail : nature, amitié, partage, plaisir et enthousiasme. L’expérience magnifique vécue durant le TDG a été particulière et n’a pu être vécue que par les participants. Et personne ne peut nous l’enlever.

Un MERCI aux organisateurs, au Président, aux infatigables bénévoles qui nous ont gâté dans les bars, aux passionnés qui nous ont encouragé le long du parcours, à tous les participants souriants et à tous les nouveaux amis de la Vallée d’Aoste.